Si vous désirez vraiment savoir ce qu’est le marronnage, ne cherchez pas dans un dictionnaire.
Contentez-vous d’ouvrir grand les yeux et les oreilles. Car les « nègres marrons » ne sont pas enterrés dans les livres d’histoire, ils continuent à vivre parmi nous ; à peine perceptibles puisqu’ils ne persistent dans l’être qu’en disparaissant.
Le nègre marron, c’est le fugitif par excellence, celui qui « trace » sans laisser de traces.
Se fondre dans la nature, une des tactiques de base de l’Art de la guerre (Sun Tzu), c’est en épouser le cycle des mutations. Les esclaves fugitifs sont des nègres ninjas qui maîtrisent parfaitement cet art de la métamorphose et de la dissolution de soi. Par leurs gestes et mouvements virtuoses, par leur dislocation rythmique, les corps marrons s’épurent, s’effacent, se virtualisent dans le suspense d’une blue note indocile…

Par Dénètem Douam Bona, anthropologue franco-centrafricain, professeur de philosophie, collaborateur régulier de l'Institut du Tout-Monde

Lieu : Echelle Inconnue
Date : jeudi 14 mai 2020 à 19h