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MÊME DÉMOCRATIQUE,

LE GRAND PARIS EST UN ÉCOCIDE


LE GRAND PARIS EST UN ÉCOCIDE

Contre tribune
Publiée le 3 mars 2020 dans Médiapart et Lundi matin

En dépit des incantations quasi religieuses à les rendre douces, apaisées, durables, inclusives, égalitaires, créatives, citoyennes, démocratiques (liste non exhaustive), les métropoles sont de moins en moins acceptées par les populations.

C’est la raison d’être d’une tribune publiée dans Mediapart par un « collectif de personnalités », pour l'essentiel architectes et urbanistes, parisiens et de gauche, sous le titre Avec le Grand Paris, le temps de la citoyenneté métropolitaine est venu - notez le caractère affirmatif (19/02/2020) :
la sociologue Marie-Hélène Bacqué pour entretenir les chimères participatives des « quartiers », l'ingénieur Antoine Picon pour rendre la métropole connectée, le géographe Jacques Lévy pour défendre la prétendue supériorité des manières de vivre métropolitaines ou bien encore l'architecte Patrick Bouchain pour rendre plus cool et créative la vieille ville industrielle.

En substance, le propos défendu est le suivant : pour faire accepter les métropoles aux habitants, il conviendrait de lutter contre les injustices et exclusions croissantes, et, pour ce faire, de construire d'autres échelles d'intervention politique plus en phase avec la réalité métropolitaine. Il est une chose d'appeler à de « nouvelles » formes de régulations, il en est une autre de dévoiler les causes des situations décriées.

C'est là que, très vite, l'inconséquence de cette tribune a suscité notre réponse. Quel visage le Grand Paris présente-t-il de la métropolisation ? Celui du chantier le plus ravageur de l'histoire de la capitale depuis l'Empire.

En réponse, tout ce que ces personnalités hautement qualifiées trouvent à dire, c'est qu'il nous faudrait encore étendre les périmètres des instances politiques et éduquer le peuple à d'autres citoyennetés. Bref, à transformer le poison en remède.

Quelques chiffres suffisent à prendre la mesure du cauchemar métropolitain.
Le Grand Paris, ce ne sont pas moins de 40 milliards d'euros de coûts envisagés, 200 kilomètres de lignes de métro supplémentaires, 1 60 kilomètres de tunnels à percer, 68 gares à construire à l'horizon 2030, pour certaines éloignées de toute habitation, mais bien articulées aux pôles stratégiques de recherche, de développement et de compétitivité.

Ce sont des centaines d'opérations de promotion et de densification immobilière autour des gares du Grand Paris Express (70 000 logements / an). En conséquence, ce seront près de 40 millions de tonnes de déblais à revaloriser dans d'autres chantiers d'artificialisation, des millions de mètres cubes de roches calcaires à prélever dans des carrières cimentières d'ores et déjà saturées en France, des centaines de milliers d'hectares de terre arable à stériliser par le bitume ainsi qu'une biodiversité ravagée par la destruction des habitats écologiques, et, bien sûr, des émissions de CO2 et de particules fines qui vont encore exploser.

Voilà ce qu'il s'agirait de démocratiser : le désastre.
Le Grand Paris exploite jusqu'à la démesure l'économie mondiale pour construire à tours de bras et attirer entreprises, investisseurs, touristes et classes sociales à fort capital culturel ou financier. Contrairement à ce que laissent entendre les signataires de la tribune, le Grand Paris ne saurait en aucun cas offrir des « opportunités extraordinaires à ses habitants », si ce n'est à la petite bourgeoisie intellectuelle, dont font partie nos personnalités, disposée à tirer le bénéfice de l'attractivité de la ville-monde. Par quel miracle l'éloignement proposé des cœurs de la décision par de nouveaux pouvoirs intercommunaux produirait du pouvoir d'agir des habitants ? En fait de citoyenneté métropolitaine, on ne trouvera au mieux que des moments de « participation » après « montée en compétence » de citoyens- ingénieurs de leur environnement. Tout ceci n'est que du vent visant à renforcer les savoirs de gouvernement.

Pour autant, ce vent masque mal la tempête qui gronde dans les plis ou en dehors des métropoles qui toutes poursuivent le même projet, chez tous les exclus du plan qui refusent la cogestion métropolitaine. Aucun enseignement n'aurait-il été tiré de la colère des Gilets jaunes ? Car à l'éloge de l'attractivité, de l'excellence et de l'innovation énoncé par les premiers de cordée, c'est à la déshumanisation et l'effondrement des espaces de vie que nous assistons chaque jour.

Dans le vieux monde de l'urbanisme, la métropolisation reste l'unique horizon désirable de la condition humaine. C'est la grandeur d'un mythe toujours vif, productiviste et bâtisseur, qui a depuis quelques siècles déjà l'artificialisation de la planète comme emblème de civilisation, par concentration et polarisation, densification et bétonisation. Dès lors, contre le mot d'ordre de la démesure et de sa décadence, celui du jour est indéniablement de désurbaniser, et, à en juger cette tribune, débuter par la pensée et ses fétiches. D'autant qu'on assiste à la démultiplication des formes d'habiter à taille humaine, contre la métropole. Car il est simplement impossible de faire soin du vivant entassés à ce point. Les gens préfèrent être vivants... en précipitant l'effondrement métropolitain, ou simplement en partant.

Signataires de la Tribune Même « démocratique », le Grand Paris est un écocide
Isabelle Attard, ex députée écologiste, anarchiste?
Jérôme Baschet, historien
Marie-Luce Bonfanti, comédienne, auteure, traductrice, metteure en scène
Sylvaine Bulle, sociologue
Stany Cambot, architecte, leader d'Echelle Inconnue
Thibaud Cavaillès, membre du Réseau des territorialistes
Barbara Chastanier, autrice, dramaturge
Alain Dordé, décroissant francilien?
Fanny Ehl, designer dépaviste des trottoirs parisiens
Guillaume Faburel, géographe-urbaniste contre l'urbanisation barbare de la Terre
Patrick Farbiaz, gilet jaune Pour une Ecologie Populaire et Sociale (PEPS)
Loriane Ferreira, géographe engagée sans lunettes d'urbaphiles
Pascal Ferren, philosophe et urbaniste
Pauline Fousse, éditions le passager clandestin
Jean Gadrey, économiste
Jean-Pierre Garnier, sociologue à contre courant
Maële Giard, géographe militante pour une écologie radicale
Mathilde Girault, géographe engagée dans des luttes paysannes
Anne Goudot, ethnographe
Fabien Granjon, sociologue, cultures rurales critiques
Didier Hanne, juriste
Raphaele Heliot, architecte
François Jarrige, historien
Marjorie Keters, gilets jaunes de Pantin
Christophe Laurens, architecte, paysagiste, alternatives urbaines
Stéphane Lavignotte, militant écologiste, pasteur en Seine-Saint-Denis
Willy Legatelois, anarchiste, Le Nouvel Essai
Fabian Lévêque, géographe en rupture avec le fétiche métropolitain
Jacqueline Lorthiois, socio-économiste en lutte contre la bétonisation du Triangle de Gonesse
Edith Louvier, collectif Saclay citoyen
Josépha Mariotti, éditions le passager clandestin
Coline Merlo-Blanc, militante écopoétique et création littéraire?
Lorenzo Papace, auteur compositeur contre la civilisation urbaine (Blog Floraisons)
Claudine Parayre, médecin, porte parole de la Coordination pour la solidarité des territoires en Ile de France et contre le Grand Paris
Jean-Luc Pasquinet, décroissance Ile-de- France
Richard Pereira de Moura, géographe
Sylvain Piron, historien et défenseur de la forêt de Romainville
Makan Rafatdjou, architecte-urbaniste
Floréal Roméro, promoteur de l'écologie sociale
Christian Sunt, objecteur de croissance
Tomjo, défenseur de la friche Saint-Sauveur à Lille et co-auteur La Société vivante fête la friche?
Jean-Louis Tornatore, anthropologue
Jérôme Vautrin, décroissance Ile-de-France
Laure Vermeersch, cinéaste, Vacarme
Daphné Vialan-Cochet, engagée de l'Arche de Saint-Antoine
Jean-Baptiste Vidalou, philosophe - être forêts dans les brèches ensauvagées de la métropole
Sophie Wahnich, politiste, Union pour la promotion d'une raison sensible
Chris Younès, philosophe

Sommaire du numéro 9
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